Teatro alla Scala , reprise de Cavalleria rusticana de P.Mascagni

Avec deux ballets

opera-10L’une des difficultés de la représentation d’opéras brefs est bien celle de composer un spectacle qui soit complet et cohérent dans  son ensemble. Souvent  toutefois la réunion d’un binôme (avec Cavalleria rusticana historiquement l’autre titre était Pagliacci) peut alourdir la soirée, d’où la difficulté d’obtenir un juste équilibre. Après le dernier binôme historique représenté à la Scala, pour cette reprise on a fait précéder l’opéra par deux épisodes de ballet :  Le spectre de la rose, tableau chorégraphique d’après T. Gautier, adaptation de Jean-Louis Vaudoyer, musique de C.M.von Weber, orchestration de H. Berlioz ; et La rose malade, ballet de R.Petit, livret adapté de W.Blake, musique de G.Mahler. Nous  cédons la plume pour ainsi dire aux collègues spécialistes de ce genre  de spectacles, sans toutefois nous priver de dire que musicalement c’était deux brèves merveilles, et que les deux épisodes scéniques aussi nous ont bien satisfait ainsi que le public.

La soirée entière était dirigée par le jeune chef d’orchestre Daniel Harding, déjà à la tête de l’orchestre pour le même opéra en 2011 : c’est un chef d’orchestre intelligent et sensible, qui semble avoir mûri son rapport avec  notre Vérisme, courant artistique bien éloigné de ceux  qu’il a  l’habitude d’ interpréter. Il en résulte un monde sonore sans risque de bavures, mesuré et rigoureux.

Sur scène une distribution dans laquelle Elena Zilio mérite toute admiration : une « mamma » Lucia évidemment consciente, proche de la ligne sévère de Giovanni Verga, auteur de la nouvelle source de ce drame. Elena Zilio possède l’art de communiquer la simplicité, la pauvreté du monde sicilien de Verga, où le drame frappe ses coups terribles comme dans la tragédie antique.

La  Santuzza de Liudmyla Monastyrska convainc par la simplicité de son jeux scénique et possède la matière vocale de son rôle dramatique, mais ce sera encore mieux quand elle pourra respecter avec uniformité tous les registres, s’appuyant sur  la prononciation de la langue italienne, dont le vérisme a particulièrement besoin. Le rôle de Turiddu est confié à Jorge de Leon, qui exagère les effets du ténor dramatique. Vitaliy Bilyy, Alfio, reste correctement dans la tradition, accentuant l’homme du peuple qui se soumet à la conception de l’honneur de la société paysanne. Valeria Tornatore, Lola, a complété correctement aussi la distribution. Bruno Casoni et les chœurs du grand Théâtre sont admirables.

S’agissant d’une reprise, la mise-en-scène est bien celle de Mario Martone, avec les décors de Sergio Tramonti et les costumes de Ursula Patzak.

A la fin de la soirée le public a témoigné sa satisfaction avec des applaudissements sincères.

 

                                                                                         Giuseppe Pintorno