Production metropolitan opera house – new york
Lucia di Lammermoor de Donizetti et Il Trovatore de Verdi sont la quintessence du Romantisme en matière d’opéra. Après deux siècles environ de triomphe du belcantisme dominé par les voix blanches, les castrats, c’était à Bellini et à Donizetti, de quatre ans son ainé, de franchir le pas et de créer le romantisme d’opéra et les stars vocales romantiques, destinées à remplacer les malheureux castrats et leurs succès auprès des foules de mélomanes. Mais… tout a un prix, et un tel succès devait se payer par une forme de trahison du « recitar cantando » en faveur d’un « cantare faisant à peine semblant de recitare ». En Italie en particulier les prouesses d’une belle voix donnèrent l’illusion qu’une note suraigüe et une cadence vocalement athlétique pouvaient combler tout manque d’un art dramatique incomplèt.
Cet opéra met en scène trois personnages surtout : un couple de jeunes amoureux (Lucia et Edgardo) dont l’ amour malheureusement gêne les projets d’Enrico, le frère de Lucia qui voudrait profiter de sa sœur pour sauver sa situation personnelle chancelante. En plus Lucia a un tuteur qui, pour l’aider, lui complique la vie. Lui, Edgardo est un jeune héros très actif auquel on demande une vocalité agile, lyrico-dramatique par moments et par conséquent une action scénique très dynamique et intense. Elle, Lucia, est l’image d’une bonne fille de famille, mais prête à tout bousculer pour poursuivre son idéal de vie avec son amoureux, prête à heurter la volonté de son frère. Enrico, le frère, est en disgrâce politiquement et financièrement, et veut combiner le mariage de Lucia qui sauverait sa situation. Cela pour expliquer la nécessité d’un jeu scénique adéquat et obligé.
Cette production est située dans les décors genre XIXème siècle, signés Daniel Ostling, réalisés avec des voiles laissant voir ou entrevoir tant l’interne que l’extérieur, donc salles et nature, arbres, etc. avec un résultat très agréable. Costumes XIXème, de Mara Blumenfeld, assumant surtout le déplacement historique, facilement compréhensible. Mise-en-scène de Mary Zimmerman plutôt convenue, agréable, sans émotions.
De même que la mise en scene, la direction de l’orchestre, confiée à Pier Giorgio Morandi, est très correcte, sans plus. Irréprochable, comme toujours, les chœurs dirigés par leur chef, Bruno Casoni.
Sur scène Massimo Cavalletti est lord Enrico, une belle voix de baryton, discontinu dans les émissions, par conséquent laissant échapper quelque phrase inélégante. Sa sœur, Miss Lucia, est Albina Shagimuratova, douée d’une belle voix de soprano lyrique, facile par rapport à l’extension exceptionnelle que ses cadences imposent, chantant parfaitement, irréprochable(sauf pour la prononciation) autant que scéniquement statique, laissant son personnage en état d’abandon. Bras grand-ouverts à chaque note aigue. Nous voilà à Sir Edgardo, alias Vittorio Grigolo, ténor intrépide comme le demande son personnage, amélioré dans sa technique vocale, dans son phrasé juvénile. Il doit peut-être mieux appuyer sur le souffle ses pianissimos et ses sons filets, pour ne pas risquer de ne pas être entendu au fond de la salle. Très bien aussi sa présence dramatique sur scène. Complétaient la distribution la basse Sergey Artamonov dans le rôle de Raimondo, tuteur de Lucia, Juan Francisco Gatell, Arturo, la victime de la folie de Lucia. Et encore Barbara Di Castri, Alisa, et de Massimiliano Chiarolla, Normanno.
Public très chaleureux, comblé par l’ivresse des air très populaires, et par les aigus magnifiques : presque de l’érotisme vocal.
Giuseppe Pintorno
