Teatro alla Scala – Le Comte Ory de G.Rossini

le-comte-oryCe grand théâtre représente en fin de saison cette nouvelle co-production avec l’Opéra de Lyon, l’avant-dernier opéra de Rossini Le Comte Ory, l’un des titres les plus intéressants de son catalogue. Rossini est un artiste incontournable, qui eut un grand succès de son vivant, mais avec l’évolution du monde de l’opéra, petit à petit; de lui il ne resta au repertoire que quelques titres d’opéra à sujet comique, et la plus grande partie de sa production (opéra seria, musique sacrée, musique de chambre, etc.) fut presque oubliée. Le style de Rossini, la conception de ses éléments expressifs, sa technique vocale raffinée permirent de lui préférer d’autres auteurs, d’autres styles plus “modernes”. En réalité le théâtre musical subissait des transformations considérables; sur le plan dramaturgique et vocale. Le mouvement romantique devait attaquer, transformer la littérature et la société. L’héroïne, qui fut pour Rossini surtout un contralto, chantait désormais sur la corde du soprano. Aussi le ténor se transformait et devenait ce héros romantique remplaçant le castrat dans ses prouesses voc ales, déchainant un nouvel enthousiasme des publics.

 
À fin de s’ imposer sur la scène lyrique française il était indispensable qu’il produise un opéra nouveau sur un livret français. Il faisait preuve par ailleurs d’ une extraordinaire maîtrise de cette langue. Cela précédait Guillaume Tell, ce grand opéra qui devait conclure la production d’opéras de Rossini. Il aura fallu attendre notre époque et l’engagement des nouveaux musicologues et des nouveaux chanteurs pour reprendre en main les “vieilles” partitions de Rossini et rédecouvrir son monde musical.
 
Le Comte Ory fut créé à l’Académie royale de musique (l’Opéra) le 20 août 1828 . Le livret en deux actes avait été produit par Eugène Scribe et M. Delestre Poirson, qui avaient retravaillé le texte d’un vaudeville de 1816. De son côté Rossini, grand maître de son art, avait lui aussi retravaillé des morceaux de musique composés à l’origine pour Il viaggio à Reims, pour le sacre de Charles X. Le succès du Comte Ory à la première représentation fut considérable, pour le compositeur comme pour des interprètes, comme Adolphe Nourrit, Maria Cinti-Damoreau, Nicolas Prosper Levasseur.
 
Le rôle titre correspond à un libertin, qui veut profiter de l’absence des hommes partis pour la croisade pour séduire la Comtesse Adèle. Avec son ami Raimbaud il se présente travesti en ermite, pour consoler les femmes vivant en solitude du fait de l’ absence des hommes. Le gouverneur du comte en déjouera les dessins, les révélant à la comtesse Adèle, qui cherchera un réfuge dans son château de Formoutiers. Isolier, un page du comte, se déclarera amoureux de la comtesse aussi; et Adèle de déclarer l’aimer aussi. Tout change à cause de l’inattendue rentrée du comte, de même que l’imminent retour des hommes de la croisade. Au second acte on est encore dans le château de Formoutiers; un orage très violent oblige les femmes à accueillir des pèlerines, qui ne sont en réalité que le comte et ses amis libertins. Isolier révèlera la vraie identité des pèlerines. En un jeux burlesque la vérité sera mise au clair et le comte Ory finira par tomber dans le ridicule.
S’il est un Auteur qui possède le don de l’ironie, du comique, c’est bien Rossini, et sous le signe de la modernité. Aucune nécessité donc d’ en ajouter. Pour cette production la mise-en-scène, les décors et les costumes sont confiés à Laurent Pelly, et Christian Räth en a repris la mise-en-scène. Caractère du comique surchargé, ce qui tombe dans le mauvais goût et la vulgarité. Les décors et les costumes n’ont pas voulu ou réussi à améliorer nos impressions. Il est plus facile de critiquer que de faire, mais s’il faut en parler, il faut le faire en toute sincérité.

 
Donato Renzetti, au pupître, a dirigé très correctement toute la complexe machine musicale, de même que Bruno Casoni à la tête des choeurs, avec la pleine approbation du public. Sur scène une troupe de chanteurs intéressants: Roberto Tagliavini (Gouverneur), Stéphane Degout (Raimbaud), Marina De Liso (Ragonde), Rosanna Savoia (Alice), Massimiliano Difino (Gérard), Michele Mauro (Mainfroy), Maria Blasi, Marzia Castellini, Massimiliano Difino, Emidio Guidotti, Devis Longo (Choryphées).

 
Il est connu que pour chanter ce rôle il faut un ténor aigu, à la technique formidable, à l’extension exceptionnelle. Le rôle titre était soutenu par Colin Lee, qui dessine son personnage comme un athlète vocal, mais qui reste loin des finesses que Rossini demande à son interprète. Aleksandra Kurzak, la comtesse de Formoutier, n’avait non plus à interpréter un rôle facile: elle possède aussi des qualités vocales remarquable, mais dans les notes extrèmes on ressent une certaine difficulté, comme si elle devait construire, chercher sa note. Il reste José Maria Lo Monaco, un Isolier de qualité, sûre, agréable musicalement et scèniquement.
Le public s’est beaucoup amusé et a applaudi avec chaleur un spectacle entraîné par la verve du grand Rossini.

Giuseppe Pintorno

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