Teatro alla Scala – La Fiancée du tsar (Carskaja nevesta) – de Nikolaj Rimskij-Korsakov

opera-Voilà une création pour la Scala, cet opéra en quatre actes  de Rimskij-Korsakov, sur un livret de Il’ja Tjumenev. Le 22 octobre 1899 la création eut lieu à Moscou, à l’Opera Privata.

On est à la fin du XIXème siècle, mais pas encore au XXème : on est donc à un cap, au moment du passage vers un monde qui est en train de s’annoncer. Et cette atmosphère  est bien présente dans la partition : l’orchestre n’est pas répétitif des formules du siècle à sa fin, mais le chant est toujours traditionnel. Par moments on a l’impression de glisser vers la symphonie, de sortir du monde de l’opéra et de s’envoler vers un « ailleurs » indéterminé, puis de revenir sur des chemins plus familiaux. La structure des actes est constituée encore  de numéros fermés, points de repère pour un public de mélomanes.

Le sujet raconte que le Tsar, personnage tout puissant mais  jamais présent, cherche une jeune femme pour se marier. C’est Marfa (soprano) qui est choisie, la fille de Sobakine, un marchand (basse). Mais elle aime  déjà le boyard Ivan Lykov (ténor), qui l’aime aussi. Un autre amoureux de Marfa, c’est un officier de la garde du Tsar Ivan le Terrible   (« opritchnik »), Grigory Griaznoἵ, lié à Lioubacha (mezzo), sa maἵtresse. Pendant une fête chez Griaznoἵ, celle-ci chante sa tristesse du fait que son amant la délaisse. Chez la famille de Sobakine, sa famille, Marfa est joyeuse à l’idée de se marier avec son amoureux Lykov. Lioubacha obtient de Bomélius, espèce de médecin sorcier, un poison pour détruire la beauté de Marfa, ainsi que sa joie. De son côté  Griaznoἵ veut  faire boire à Marfa un philtre d’amour, que Lioubacha remplacera avec son poison. Sobakine, le père de Marfa, va enfin unir sa fille à Lykov, qui l’adore mais qui a de tristes pressentiments. Marfa boit la coupe, alors qu’on annonce qu’elle a été  choisie par le Tsar. Sobakine se réjouit du grand honneur pour Marfa, mais elle tombe subitement malade.  Griaznoἵ poignarde sa maîtresse Lioubacha responsable de la mort de Marfa. Lui, il subira le supplice.

Si l’histoire racontée dans le livret est plutôt compliquée à suivre, l’exécution à été de haut niveau. Sans complètement abandonner les décors traditionnels, de Dmitri Tcherniakov, responsable aussi de la mise en scène,  présentent un mélange de la tradition avec la modernité la plus actuelle, avec un bon résultat, puisque on n’est pas empêchés de se concentrer sur la gamme des sentiments, des rapports entre les personnages. Au pupitre Daniel Barenboim, avec l’appui de Bruno Casoni et des  chœurs qu’il dirige, rend très bien, avec clarté, cette sonorité complexe d’un orchestre chargée d’une myriade de sons. De leur côté les interprètes (une foule) sont tous d’un très bon niveau. Il faudra quand-même faire remarquer la Lioubacha  magnifique, superlative, de Marina Prudenskaya, ainsi que la Marfa de Olga Peretyatko. Et le Griaznoἵ de Johannes Martin Kränzle. Tous d’un très bon niveau : Anatoly Kotscherga (Sobakine, une bonne basse), Tobias Schabel, Pavel Chernoch, Stephan Rugamer, Anna Tomowa-Sintow, Anna Lapkovskaja, Carola Höhn, Guillermo Bussolini, Stefania Giannì, Massimiliano Di Fino.

Le public a su apprécier la nouveauté d’une musique dans laquelle il a su retrouver sa tradition d’opéra. Ainsi qu’il a su approuver avec chaleur des interprètes exceptionnels.

                                                                                       Giuseppe Pintorno