Teatro alla Scala – Il Trovatore de G. Verdi.

verdi-6S’ il est vrai que l’opéra est une féerie pour les adultes, et nous en sommes convaincu, Il Trovatore en a toutes les caractéristiques. Cela nous rappelle ces beaux livres que l’ on nous offrait enfants: quand on tournait les pages cartonnées des personnages ou des objets surgissaient devant nos yeux et rendaient « vraies » les descriptions, les histoires qui y étaient racontées, les rêves. Cette féerie espagnole nous montre un château presque noir immergé dans une Nature d’un vert violent, avec les personnages vêtus aux costumes aux couleurs pures, qui nous frappent comme des symboles révélés : Manrico protégé par une armure en cuir sombre, Leonora en un costume bleu-nuit, il conte di Luna dans une armure grise comme du fer, Azucena habillée en rouge-flamboyant, Ferrando en noir métallique. Et la musique, bouleversante, brulante, qui enflamme toute la scène montant de la fosse d’orchestre. Il Trovatore est donc un chef-d’œuvre dramatique, musical et visuel, qui sait se faire aimer comme les choses simples seulement savent satisfaire les personnes les plus simples ainsi que les intellectuels.

Dans cette production de la Scala mise-en- scène, décors et  costumes sont signés Hugo de Ana. Les décors sont  constitués d’ une structure modulable, représentant un château, ce qui permet de créer différents espaces suggérant les situations dramatiques des scènes représentées. Imitation de la pierre, du marbre noir: bel effet visuel. Les  costumes, fonctionnels, n’ atteignent pas tous la même qualité. La mise-en-scène fait penser à un retour au style traditionnel, laissant grande liberté aux chanteurs d’ouvrir les bras comme pour annoncer le lancement des aigus. Dans l’ensemble, ce n’est pas mal.

Avec la collaboration très positive des chœurs du Théâtre et de leur chef Bruno Casoni, le chef d’orchestre Daniele Rustioni dirige avec des résultats corrects, mais sans profiter de la riche gamme d’émotions que cette partition permet.

Parmi les interprètes vocaux domine par la haute qualité de sa technique Ekaterina Semenchuk, une Azucena  aux couleurs sombres de sa voix  presque de contralto, aux aigus très beaux et très sûrs. La Leonora de Maria Agresta arbore ses beaux aigus, très beaux, mais le médium de la voix, et les graves, doivent conquérir un volume plus sonore. Franco Vassallo, baryton – Conte di Luna, nous laisse espérer  plus de charme dans l’ interprétation vocale de personnages plus adaptés à ses qualités. La voix de Kwangchul Youn, Ferrando,  résulte trop claire et manque de fermeté. Et nous voilà à Manrico, le mythe, « le » ténor, le héros. Ce rôle a toujours été un point de force dans la littérature vocale du belcanto XIXème s. : ou un point de faiblesse. Marcelo Alvarez possède une voix de ténor claire, comme il le faut pour ce héros, mais il l’utilise avec inconstance, se ménageant dès qu’il peut, pensant briller davantage dans certaints moments de la partition. Il en va du phrasé, de l’unité du style, de l’élégance de son chant.

A compléter la distribution : Marzia Castellini (Ines), Massimiliano Chiarolla (Ruiz), Ernesto Panariello (un vieux gitan), Giuseppe Bellanca (un messager).

Public électrisé, enthousiasme conséquent; à la fin, célébration de la fête, du rite du Théâtre.

                                                                             Giuseppe  Pintorno