Serpina, Rosina e le altre

Serpina, Rosina e le altre Opéra et Féminisme. Une relecture des textes les plus connus du panorama de l’opéra à travers la loupe du rapport entre les sexes. “ Serpina vuol così”.  Avec ses paroles autoritaires la protagoniste de La Serva Padrona met les choses au clair dès 1733 alors que, définie par les paroles de Gennarantonio Federico et par la musique de Giovanni Battista Pergolesi, monte sur scène pour la première fois. La Serva Padrona est un “Intermezzo” et non pas un opéra; c’est pourquoi sa structure est réduite au minimum:  il n’y a que deux personnages (un troisième, muet) qui chantent, ou po ur mieux dire se disputent sur une musique, par moments piquante  ou insinuante, du compositeur âgé de 23 ans. Serpina,typique servante déjà douée  de par son prénom d’une astuce de vipère,  s’ affronte avec ce grognant Uberto et, dès les premières boutades, ne nous laisse aucun doute sur comment  se terminera notre histoire: la servante épousera son patron et deviendra la patronne. Serpina, est-elle une féministe?Il est toujours risqué d’interpréter le passé par les catégories de notre époque  Ce qui est sûr c’est que la jeune fille mène son combat avec bec et ongles  pour dépasser son état de dépendance que sa condition ufemme et de prolétaire lui a imposé. On mène cette bataille sur deux fronts – femme  contre homme et pauvreté contre richesse – avec toutes les armes disponibles: comédies,  cris, calins et déguisements. Figaro n’aurait pu faire mieux. Dans le Barbier de Séville de Beaumarchais  (source commune d’ au moins sept versions d’opéra dont les plus célèbres de Paisiello, 1782, et Rossini, 1816) à la protagoniste il manque l’ impulsion sociale de Serpina. Rosina appartient à la même couche sociale de Don Bartolo et son état de  soumission est exactement celui d’être femme, sous tutelle et en train d’être mariée contre sa volonté.Suivant les idées reçues sur l’astuce féminine,la douce jeune fille,  apparemment sans défense, est capable de toutes astuces. Rosina, comme beaucoup de ses collègues en d’autres situations de théâtre, est une experte de pensée obliqule: sachant de ne pouvoir vaincre avec une opposition directe, plie sa tactique,tourne autour de l’obstacle et bat le titulaire d’une autorité aveugle. Io sono docile, son rispettosa,
 sono ubbidiente, dolce, amorosa,
 mi lascio reggere, mi fo guidar . ma se mi toccano qua nel mio debole, sarò una vipera, e cento trappole prima di cedere farò giocar.
 [atto I, scena V] Les années passent, dans les Noces de Figaro de Mozart  Rosina et le comte d’ Almaviva sont mariés depuis longtemps., Figaro, une fois  abandonné la liberté d’être barbier et factotum free-lance, est maintenant l’employé personnel du Comte et vas épouser Susanna, qui aura le même rôle auprès de la Comtesse. Voilà donc que Susanna  est peut-être la première dans cette galerie de personnages à pouvoir être définie féministe. Elle a bien la détermination de Serpina,  la passion de la jeune Rosina et  possède encore quelque chose de plus: la conscience de soi; . Elle s’abandonne à la joie très féminine de se confectionner un joli chapeau (bel cappellino vezzoso); en  même temps elle est pratique et rationnelle. C’est elle qui se rend compte du projet sournois du Comte qui, en ayant marre de sa femme,  veut remettre en vigueur le “jus primae noctis”, au détriment juste  de  Susanna. Figaro, avec tout son passé de maître de stratagèmes, n’avait pas compris. L’ingénieuse servante, lucide et froide, dénoue la machination des ruses et des déguisements qui à la fin verra deux  victoires nettes: celle de la Comtesse sur le parjure Comte (qu’  elle, magnanime, pardonnera); et celle de la même Suzanne sur les doutes et les soupçons de Figaro, contrit.  Suzanne est pleine de dignité, elle n’est pas une arriviste, ellel sur de soi et  de son status, ne perd même pas une minute pour l’auto-commisération et regarde la tête haute qui selon les règles sociales devrait lui être supérieur comme mari, Figaro, et comme patron, le Comte. “Le Mariage de Figaro” fait  ses débuts en 1786. Quatre années plus tard, Mozart présente “Così fan tutte” sur un livret de Lorenzo Da Ponte, qui avait déjà signé le précédent.  Mais cette fois, bien que de loin, le sujet ne dérive  pas de  Beaumarchais,  mais d’ un fait divers. Dans la complexe mise-en-scène organisée par don Alfonso pour démontrer aux deux amis que leur fiancées, comme toutes les femmes, ne seront pas capable de se maintenir fidèles, la chaise de metteur en scène est occupée par la servante Despina. Au début  considérée  seulement à la solde et complice nécessaire, la petite servante renverse  son rôle subordonné et se fait elle-même marionnettiste.                                                                                                    Che vita maledetta
è il far la cameriera !
Dal mattino alla sera
si fa, si suda, si lavora, e poi di tanto che si fa nulla è per noi. [atto I, scena VIII] Sa condition est dure, mais Despina a les idées claires et a appris  dès son plus jeune âge les règles pour se tirer d’affaires avec un pragmatisme désenchanté. Quand les patronnes    Dorabella et Fiordiligi se désespèrent à l’idée de perdre leurs amants, Despina les invite à rendre la monnaie de leur  pièce  aux hommes traitres . Paghiam, o femmine, d’ugual moneta questa malefica razza indiscreta: amiam per comodo, per vanità! [atto I, scena IX] Mais l’exposition de son  code de comportement se révèle  bien clair et net au début du deuxième acte Una donna a quindici anni dée saper ogni gran moda, dove il diavolo ha la coda, cosa è bene e mal cos’è; dée saper le maliziette che innamorano gli amanti: finger riso, finger pianti, inventar i bei perché; dée in un momento dar retta a cento;
colle pupille parlar con mille;
dar speme a tutti, sien belli o brutti;
saper nascondersi senza confondersi;
senza arrossire saper mentire;
e, qual regina dall’alto soglio,
col «posso e voglio» farsi ubbidir. 
[atto II, scena I] Est-ce du féminisme ou plutôt l’ instinct de survivance? On plie les conventions sociales à son propre avantage et on compense avec astuce l’ inexorable  état d’infériorité, … Lire la suite de Serpina, Rosina e le altre